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« Mon Pierre, ce héros »

Paris, 8 octobre 2016, fin de matinée…

Je viens juste de rentrer chez moi. Machinalement j’allume la télé tout en ouvrant ce satané courrier. Tout à coup la voix d’un journaliste arrive jusqu’à mes oreilles et là j’entends : «Le décès, tôt ce matin, de Pierre Tchernia à l’âge de 88 ans…». Je reste bouche bée, les mots me manquent. Une partie de moi continue inlassablement de regarder le journal, l’autre très émue est déjà plongée dans le souvenir. Un souvenir qui me ramène directement au début des années 90. Jeune reporter radio je cours dans les rues d’Orléans pour arriver à temps. Mon rédacteur en chef vient de m’annoncer à la dernière minute la possibilité finalement de réaliser une interview de Pierre Tchernia juste avant qu’il ne reprenne son train pour Paris. Son attachée de presse ayant fait savoir au préalable que « Monsieur Cinéma » m’attendait en personne à la brasserie en haut de la Place d’Arc non loin des quais de la gare SNCF. Quelques minutes plus tard j’arrive à bon port, un pearticle-regis-bonlieu-2u essoufflé, mais très heureux d’être là, de terminer ma journée avec cet homme merveilleux que moi aussi je regarde depuis tout petit à la télévision. Je l’aperçois un peu plus loin, Il est là dans ses pensées, tranquillement assis à une table au milieu de tous, reluquant son verre, coiffé de cette casquette souvent portée jadis par les Michel Audiard ou André Pousse. C’est pourtant vrai, Il m’attend ! J’arrive enfin jusqu’à lui. Sourire aux lèvres, il me propose de m’asseoir et dans la foulée de m’offrir un verre. Je sais déjà que je vais passer un bon moment. Quelques temps après, micro en main, j’évoque avec lui la raison de son passage à Orléans, son actualité, sa participation notamment à la nouvelle émission d’Arthur : «Les enfants de la télé » Je ne boude pas une seule seconde de ce plaisir. J’ai à peine 24 ans, deux petites années de carte de presse et je suis seul face à 50 ans d’audiovisuel. J’ai devant moi l’un des derniers pionniers de la télévision encore de ce monde. Le créateur du journal télévisé, avec Pierre Sabbagh et Georges de Caunes. Producteur et collaborateur de plusieurs autres émissions mythiques dont le célèbre magazine de l’ORTF « Cinq colonnes à la une » aux côtés de légendes de la profession comme Lazareff, Desgraupes, Dumayet, Barrère.

Homme de télévision mais aussi homme de cinéma, réalisateur, Pierre Tchernia c’est également Le Viager, Les Gaspards, La gueule de l’autre, Bonjour l’angoisse. En même temps que sa carrière continue de défiler en boucle dans un coin de ma mémoire, je l’écoute avec joie répondre à mes dernières questions. Puis c’est la fin de cet entretien. Je le regarde une dernière fois avant de le saluer et de le remercier, lui, sa simplicité, son humilité, et surtout sa gentillesse. Après cette interview je suis différent.J’ai presque l’impression d’avoir rêvé cette rencontre pourtant bien réelle. Pour moi Il y aura désormais un avant et un après Pierre Tchernia. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui 8 octobre 2016, près de 25 ans après, je repense à cette fin d’après-midi orléanaise sublime. Je regarde avec une certaine émotion le journal télévisé, le énième depuis sa création. « Monsieur Cinéma » vient de nous quitter. « Vive Monsieur Cinéma ! ». Pour le modeste journaliste que je suis, il restera à jamais « Mon Pierre ce héros ».

Régis Bonlieu

 

2 réponses

  1. Anonyme

    Bravo pour cet article.

  2. Rigaudie

    Très touchante votre rencontre cher Régis. Pierre Tchernia est un homme que j’appréciais également.Il va nous manquer.

    A bientôt.

    Laurence.

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