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«Un Récif nommé Élise»

Le port de Loctudy (Finistère), été 2015, lundi 17h…

 

Environ trente «petites» années viennent de s’écouler depuis mon dernier passage, autant vous dire que je ne me souviens pas de grand-chose, si ce n’est le contexte. Le milieu des «années 80», un court séjour estival dans une charmante maison en compagnie d’oncles et tantes «branchés» Bretagne, fruits de mer et grandes marches à marée basse. Rien de très excitant pour moi à l’époque! Pourtant cet après-midi, par le plus grand des hasards, je suis de retour. C’est encore l’été, je suis devant le port, j’essaie de me rappeler furtivement ces vacances d’adolescent en pays bigouden. Une seule chose me revient très nettement à l’esprit, nos veillées. Presque tous les soirs en compagnie de quelques cousins j’empruntais la même route à vélo. Mais en regardant autour de moi ce lundi, je ne sais plus très bien laquelle nous amenait après le dîner jusqu’à notre «QG» Le Récif ! Un bar plutôt tranquille, à l’écart du centre-ville.

Loctudy-20152

Au programme chaque soir durant presque deux heures, «diabolo menthe» ou «Coca fraise» mais surtout flipper et baby-foot ! Du haut de nos douze ans se dégageait, à cet instant précis, un sentiment de liberté pour ne pas dire en langage plus actuel : «un kif énorme !». Autre souvenir du lieu, son emblématique patronne, une quarantaine d’années, sosie indiscutable de Bernard Hinault. De prime abord aussi peu facile d’accès que «son frère». Intimidés, nos conversations avec elle se limitaient à quelques mots.

En repensant à tout cela ce même lundi, je continue d’avancer sans savoir quelle sera ma destination finale. Après le port, je remonte le littoral tout en scrutant les belles maisons du bord de mer. Au bout d’une heure, je ne sais pour quelle raison, je suis attiré par une toute petite rue sur la droite. Je continue et tombe un peu plus loin sur la rue du Grand Large. Une impression de «déjà vu» me tient en haleine. Au même moment j’aperçois juste devant moi, au milieu des habitations, à l’écart du centre ville, tout au bord de la route, la façade d’un bar que je dévisage. Je finis par le reconnaître. C’est bien lui ! Le Récif ! Toujours ouvert, portant le même nom. Trente ans après, je rentre, la déco est quasiment la même.

Quelques secondes plus tard, je vois arriver une femme d’un certain âge, cheveux courts et ce même visage si reconnaissable. C’est elle, Élise, la patronne, fidèle au poste! Celle qui m’intimidait en me servant mon «diabolo menthe» au milieu des «années 80».

Un peu ému, je lui raconte mon histoire. Elle me regarde et elle sourit. Du coup pendant près deux heures autour d’un verre de la même substance verte et gazeuse (on ne change rien!), elle me raconte la sienne, répondant à toutes mes interrogations de l’époque. Elle me confie qu’elle est toujours propriétaire de ce lieu mythique, depuis maintenant 44 ans. Bar le jour mais également pendant très longtemps discothèque la nuit. C’est elle «DJ Elise», en personne qui était aux platines à l’époque. Elle me montre des photos de ses soirées endiablées. Aujourd’hui A 73 ans elle est encore capable de reconnaître en une petite seconde une «intro» de U2, Simple Minds, ou de l’incontournable Depeche Mode.

Je suis bluffé ! Je la regarde à nouveau, elle n’a pas changé, toujours cette même détermination, cette même fraîcheur! Son secret, celui des bigoudènes des temps modernes, troquer la coiffe pour un «Shorty» et marcher longuement dans la mer été comme hiver.

Lors de ces retrouvailles improbables, Élise finit également par lever le voile sur la délicieuse rumeur de l’époque. Non elle n’est pas et n’a jamais été la sœur de Bernard Hinault malgré sa troublante ressemblance. Rumeur entretenue longuement notamment grâce à la photo prise avec le célèbre coureur breton à l‘arrivée d’une course dans la région. Photo adossée à l’époque à l’un des murs du Récif. Elle me la montre à nouveau .On aurait réellement dit le frère et la sœur. Pour la petite histoire des journalistes de FR3 fascinés par la rumeur, s’étaient même déplacés, se faire une idée par eux mêmes, reportage à la clé.

Sacrée Élise ! Quel plaisir inattendu d’avoir pu vous recroiser ce lundi. C‘est un peu comme avoir conversé directement avec un personnage de roman, au travers d’une histoire bien réelle, très certainement adaptable à l’écran. Réalisateurs, scénaristes, écrivains en mal d’inspiration, courrez sans plus attendre, à la rencontre de cette muse! Vous risquez, tout comme moi, d’être subjugué à la découverte de ce Récif. « Un Récif nommé Élise ».

Régis Bonlieu

 

Une réponse

  1. Catherine Brunati

    Bonsoir Régis,
    Ravie d avoir passé ces qqs lignes en compagnie de Elise…en effet jolie rencontre avec un joli personnage que vous décrivez bien.
    Troublant cette route que vous avez emprunté « par hasard »..enfin vous aurez compris de notre dernière conversation (revigorante et bien sympa)à 3, que je fais partie de ceux qui ne croient pas au hasard…
    D ailleurs votre histoire me rappelle cette phrase que je trouve très belle: « il n y a pas de rencontre fortuite, il y a des rendez-vous »; phrase qui s applique d ailleurs très bien à la belle histoire de Laurence que je me suis empressée de raconter aux amis eus en ligne le soir même.
    Belle soirée à tous les deux
    Catherine

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